LOUIS CHIRON - LE GENTLEMAN DRIVER MONÉGASQUE
Illustrations de Benjamin Freudenthal,

English version


bateaux


Louis Chiron fut l'un des très grands pilotes d'avant-guerre. Il fut de toutes les joutes et pilota pour les marques les plus prestigieuses. De Bugatti à Mercedes en passant par Delage ou Alfa Romeo. Monégasque d'origine il gagna le Grand prix de la Principauté en 1931. C'était une époque où les pilotes de talent étaient si nombreux que l'on ne saurait dire lequel était le plus grand : Achille Varzi, Tazio Nuvolari chez les italiens ou encore Rudolf Caracciolla et Bernt Rosemeyer chez les allemands. Louis Chiron fut un pilote à la longévité incroyable. A l'âge de 56 ans, Lors du grand prix de Monaco de 1955, "Monsieur Louis" se classe encore 6ème sur une lancia D50 !

Louis Chiron
Louis chiron, l'élégant pilote au foulard rouge à pois blancs (B. Freudenthal)
1920 - 1930 : LA COMPÉTITION AUTOMOBILE
LES ANNÉES BUGATTI - DELAGE

Vers la fin des années 20, une marque dominait sans partage l'univers de la course automobile, c'était la célèbre firme "Bugatti". Ettore Bugatti ne faisait pas seulement d'excellentes voiture de sport, elles était aussi absolument magnifiques, superbement dessinées et chaussées de jantes en aluminium ultramodernes à l'époque. Ces voitures étaient vraiment révolutionnaires car jusqu'en 1926, les constructeurs se contentaient souvent de greffer de très gros moteurs de 4 à 7 litres de cylindrée sur des chassis inadaptés. Ce fut une véritable révolution lorsqu'apparurent les Bugatti type 35 et leur concurrentes, les Delages sur les circuits européens : Des voitures légères avec des moteurs 6 cylindres d'à peine 2 litres de cylindrée. Les Bugatti rafflèrent tout ou presque, brièvement éclipsées par Delage en 1927. Elles dominèrent les Grand Prix jusqu'en 1931. Puis vint le tour d'Alfa Romeo d'imposer ses extraordinaires Alfa "P3".


Dans les années 20-30-40
, il n'existait aucun championnat du monde des pilotes et des constructeurs. Le seul enjeu était de gagner le maximum de course et de trophées prestigieux. Les règles était très différentes. Un pilote pouvait prêter sa voiture à un autre. Jusqu'en 1932 il n'y avait pas de qualifications avec des chronos pour définir les positions sur la grille de départ. L
es places étaient souvent tirés au sort ! Les pilotes étaient en général des "privés" qui achetaient leur propre voiture de compétition. Chaque véhicule était peints aux couleurs de la nationalité du coureur : bleu pour les français qui conduisaient souvent des "Bugatti" ou des "Delage", vert pour les anglais qui avaient souvent pour montures des "ERA", rouge pour les italiens sur leur belles Alfa et Maserati, jaune pour la Belgique, blanc pour les allemands sur Mercedes ou Auto Union. Les bolides allemands ne porteront plus de couleurs à partir de 1935, et pour gagner du poids, laisseront leurs auto de course en livrée métal, ce qui leur vaudra le surnom de flèches d'argent dans la fin années 30.

C'est dans ce contexte que Louis Chiron devint pilote de Grand Prix. Il s'est tout d'abord illustré depuis 1923 dans plusieurs courses de côte dans l'arrière pays Niçois. En 1926 commence sa carrière en circuit : il est sponsorisé par l'industriel Suisse Alfred Hoffman qui possède une écurie de course. Louis Chiron pilote une Bugatti 35. Il débute à Miramas et se classe 2eme derrière Marcel lehoux, un pilote Bugatti officiel. A Saint Gaudens, il signe sa première victoire. Ettore Bugatti remarque le jeune champion à Miramas en 1927 et le prend alors comme pilote de réserve. A Brooklands, en Angleterre, le monégasque termine 4eme d'une course dominée sans partage par les imbattables "Delages". En 1928, Louis Chiron est mis à la porte de l'écurie d'Alfred Hoffman. Le pilote monégasque était devenu un peu "trop intime" avec l'épouse du riche industriel ! Qu'importe ! Chiron est désormais pilote officiel de l'écurie Bugatti...


LES DÉBUTS DE LOUIS CHIRON

Le 15 juillet 1927, Chiron dispute le grand Prix d'Allemagne sous une chaleur suffocante. Les pilotes exténués, sont obligés de se faire relayer, même le futur vainqueur, Rudolf Caracciola. La course est endeuillée par la mort de Junek, Louis Chiron a des problèmes avec ses freins qui sont chauffés au rouge ! il termine 6eme mais il prendra une belle revanche au Grand Prix de San Sebastian où il n'y a que des pilotes Bugatti au départ. Tous de très haut niveau. Le leader "Divo" abandonne et Louis Chiron attaque et dépose irrémédiablement Robert Benoist.

En 1927, Louis Chiron s'installe définitivement parmi les "très grands" : à Monza, le monégasque pilote avec brio une Bugatti type 35 C. Dans une course épique, suite à l'abandon de Williams, il s'impose magistralement devant Achille Varzi sur Alfa et Tazio Nuvolari sur Bugatti. Cette course est malheureusement endeuillée par le tragique accident de Materassi dont la talbot est catapultée dans la foule, tuant 22 spectateurs.

Bugatti type 51
Maserati 8C 2500
Alfa Romeo 8C 2500
Delage 1927
Bugatti Type 51 - 1931
Maserati 8C - 1931
Alfa P3 'Monoposto' - 1932
Delage - 1927

UN AUDITEUR PEU SPORTIF ! (ADOLF HITLER)

Le plus grand coup d'éclat de Louis Chiron eut lieu en 1929, et un 14 juillet en plus ! Le grand Prix d'Allemagne se dispute sur le redoutable circuit du Nürburgring (presque 30 km de long !). au départ on trouve des Mercedes SSK, dont celle du Grand Pilote allemand Rudolf Caracciola et des Maserati, Alfa Romeo, Amilcar, Talbot et même une Renault ! Des DKW, Hanomag, Fiat, Lombard et Imperia. Dans le camp Bugatti, les trois 35 C sont confiée à Bouriat, Philippe et Chiron. D'autres Bugatti privées sont de la partie.

Caracciola est en tête pendant 4 tours avant de casser son moteur. Les autres pilotes Mercedes ne sont de taille à lutter contre les agiles Bugatti. Louis Chiron prend la tête et ne la laisse que le temps d'un ravitaillement à Bouriat. Il s'impose avec plus de 12 minutes d'avance sur Philippe et s'offre même le record du tour ! La première Mercedes est à plus de 14 minutes ! On raconte qu'Adolf Hitler, alors dans l'opposition, se rendait au circuit en conduite intérieure équipée d'un TSF et qu'il éoutait la retransmission du Grand Prix. Il était persuadé qu'un allemand triompherait sur Mercedes et souhait se rendre sur place pour féliciter le futur vainqueur. Sentant Chiron et sa Bugatti sur le point de triompher, il ordonna à son chauffeur de faire demi-tour !

Louis Chiron, l'élégant pilote au foulard rouge à pois blancs est alors au sommet de son art. Il triomphe de nouveau cette année là en espagne au terme d'un grand Prix interminable (près de 6 heures de course).

LE GRAND PRIX DE MONACO 1931

En 1930, les bugatti sont encore très compétitive et Louis Chiron reste fidèle à la marque de Molsheim. Cependant, cette année là, Louis Chiron doit s'incliner devant un jeune qui monte, René Dreyfus, sur une 35 B privée. Ce dernier lui mènera encore la partie dure lors du Grand prix de Monaco 1931.
Pour la circonstance, Ettore Bugatti, pressé par son fils Jean, a sorti un nouveau modèle, la type 51, qui se caractérise par son double arbre à cames en tête.

Le Grand Prix de Monaco 1931 a bien faillit être une course monomarque : 23 voitures sont au départ, dont 16 Bugatti. 4 sont des


Chiron mène devant Fagioli juste avant le virage du Gazomètre (Illustration : B. Freudenthal)
Existe en poster 80 x 60 cm

voitures d'usine, des type 51 que pilotent le monégasque Louis Chiron, l'italien Achille Varzi ainsi que les français Divo et Guy Bouriat. La véritable opposition vient en fait des Maserati 8C 2500 avec les pilotes René Dreyfus et les deux italiens Luigi Fagioli et Clemente Bondietti. Rudolf Caracciola dans son énorme Mercedes SSKL (Super Sport Courte Légère) n'a pas l'ombre d'un chance. sa Mercedes porte une abréviation trompeuse : elle n'est ni courte ni légère, c'est une voiture surdimensionnée pour les montagnes russes de "Monaco". la victoire se jouera entre les bleus de Molsheim et les rouges de Modène.

René Dreyfus attaque en tête la montée de Sainte Dévote avant d'être doublé par Williams sur sa Bugatti. Mais la rupture soudaine d'un ressort de soupape stoppe net la chevauchée de l'anglais vainqueur du Grand Prix en 1929. Achille Varzi et Caracciola prennent René Dreyfus en chasse et Varzi parvient à dépasser le Français au 7eme tour. Caracciola et sa Mercedes commencent à avoir de sérieux problèmes et l'embrayage du bolide blanc cède au 53 eme tour. Louis Chiron, assez discret depuis le début de la course commence alors son festival : il regagne peu à peu du terrain et bat même le record du tour de 1930, imité un peu plus tard par Luigi Fagioli. il dépasse tous ses adversaires et les dépose littéralement ! L'enfant du pays termine la course avec près de 5 minutes d'avance ! Jean Bugatti, le fils du patron, ne peut contenir sa joie et saute la murette des stands pour tomber dans les bras de Louis Chiron. Pour le monégasque, c'est une véritable consécration.

VICTORIEUX SUR SON ALFA DEVANT LES FLÈCHES D'ARGENT

1934 est une année charnière. Chiron a quitté Bugatti pour Alfa Romeo depuis 2 ans. Mais les voitures allemandes s'apprêtent à dominer sans partage les circuits européens avec les Mercedes et Auto Union. Cette année là le Grand Prix de France se déroule à Montlhéry. 500 km de course avec en face de lui trois Mercedes W25 (Von Brauchitsch, Fagioli, Carraciola) et deux Auto Union type C (Stuck, Momberger). Il y a aussi deux Maserati et 3 Bugatti 59.

Luigi fagioli
Luigi Fagioli, grand rival de Louis chiron

C'est le départ. Louis Chiron est survolté ! Placé en 3ème ligne sur une grille encore tiré au sort (!), il se porte en tête dès les premiers mètres de course, doublant coup sur coup Caracciola, Momberger, Stuck et Varzi ! A la fin du 2eme tour, Stuck vient de passer devant Caracciola et Fagioli mais Louis Chiron est toujours devant tout le monde. Stuck parvient à doubler le français au 3eme tour. Il cède sa place lors du ravitaillement au 10eme. Chiron est à nouveau leader et le restera jusqu'au bout. Le pauvre Luigi Fagioli qui s'accroche à lui, sort de la route et endommage sa Mercedes W25. Dans les années 34-39, c'est la dernière victoire significative des italiennes sur les voitures allemandes, mis à part l'exploit historique que Tazio Nuvolari réalisera un an plus tard, au Grand d'Allemagne. Désormais, pour gagner des courses, il faudra piloter des flèches d'argent !

En 1936 Louis Chiron signe avec Mercedes. de 1936 à 1939 il est le seul non allemand titulaire. Il ne gagnera malheureusement plus aucun Grand Prix jusqu'au début de la guerre. Au Grand prix d'Allemagne 1936, Louis Chiron navigue entre la 4eme et la 5 eme place lorsqu'il sort soudain de la route à 250 km/h. La Mercedes se retourne et le blesse grièvement. On ne le retrouvera en course qu'en 1937. Ses résultats seront malheureusement moins probants. Après quelques essais infructueux chez Auto Union, Louis Chiron quitte les circuits. On ne le reverra qu'après la guerre.

PILOTE JUSQU'À 59 ANS !

L'après-guerre ne sera pas la plus belle période de la carrière de Louis Chiron. Mais Louis "le perfectionniste" aime trop la course pour raccrocher comme l'a pu faire René Dreyfus. Lui et Achille Varzi, son ami et rival se retrouvent lors du Grand Prix de Suisse en 1948. Chiron et Varzi sont de vieux "vétérans" et leurs adversaires sont souvent même trop jeunes pour les connaître ! Louis suit Achille alors que l'élégant italien fait un contre braquage. Mais dans ce virage que les deux amis ont pris des centaines de fois, Varzi part à la faute. Il percute les barricades de bois qui longent la sortie du virage. Varzi ne porte qu'un serre-tête alors que d'autres ont sagement choisi de porter un vrai casque. Louis Chiron s'arrête pour secourir son ami. Mais il est trop tard. L'italien a été tué sur le coup. Avec la mort de son rival d'avant-guerre, Chiron pleure les plus beaux moments de sa carrière, lorsque jeune, il triomphait sur tous les circuits d'Europe.

Cette année là, "Monsieur Louis", comme on l'appelle désormais, gagne son ultime épreuve majeure sur un circuit. Il a presque 50 ans lorsqu'il bat à Reims, la Ferrari de Whitehead et la Maserati de Bira après une lutte acharnée.

Le monégasque continuera à courir jusqu'à 56 ans en Grand Prix et il dispute même une dernière course de côte à l'âge de 59 ans sur Porche 356 avant de raccrocher définitivement en 1958. Son palmarès, riche de 14 Grands Prix, en fait l'une des grandes figures du sport automobile. Sur ses vieux jours, Chiron s'est fait plus affable que du temps de sa splendeur, ou il se montrait souvent ombrageux. On ne le


A près de 56 ans, Louis Chiron (avec le bonnet) participe à son ultime grand prix en 1955 à monaco, au milieu de pilotes bien plus jeunes !

verra plus qu'en blazer mais toujours avec... un foulard rouge à poix blancs ! Il s'éteignit là ou il naquit : à Monaco, le 22 juin 1979, âgé de presque 80 ans. Ainsi s'achevait le parcours étonant d'un champion à la carrière incroyablement longue et fertile...

 

Retour haut de page
Back to the top

Les tableaux originaux à vendre sur le thème du sport automobile et de l'aviation