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La
fille de l'Air
Ce
dimanche d'automne 1930, sur le terrain d'Orly, La foule est
aglutinée au barrières avant de prendre l'air
en compagnie d'un pilote. La plupart d'entre eux consacrent
leur quelques économies du mois à faire une
ballade en avion.
-"Tiens ! Mlle Boucher ! ... Tous les dimanches alors
?"
-Mais oui Monsieur Liaudet, tous les dimanches, et même
tous les samedis !
- Je sais, Le Folcavez m'a dit ça... Qu'il ne peut
pas regarder du côté des barrières sans
vous y apercevoir. C'est votre grand ami, le Folcavez ?
- C'est lui qui m'a donné mon baptême de l'air,
il y a quatre mois.
- Quatre mois déjà ?
- Mais oui Monsieur Liaudet : le 4 juillet.
- Je pense que vous avez revolé, depuis.
- Seulement une fois ! Avec M. le Folcavez, justement.
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-Vous avez pris un air malheureux pour dire : "seulement
une fois"... Vous aimez donc tellement voler ?
- Oh oui ! Monsieur Liaudet.
Le regard de la jeune fille était chargé de
ferveur et de gravité. Le Folcavez avait d'ailleurs
raconté à Liaudet que la jeune Hélène
avait à peine murmuré un remerciement après
son baptème en avion. Elle était restée
un long moment sur place sans faire un geste ni prononcer
un seul mot, le regard perdu au loin, les traits figés,
le visage dur. Non, décidement, celle-ci ne ressemblait
à aucune autre.
Durant dix mois, la jeune Hélène Boucher volera
à 5 ou 6 reprises, invitée chaque fois par Liaudet
où le Folcavez, ou Maillet... Elle leur avait donné
sa confiance et ils lui avaient donné leur estime.
Une amitié parfaite, sans équivoque unira bientôt
ces pilotes et la jeune femme. Elle les appellera par leur
prénom et ils interpelleront hélène par
son diminutif, "Léno".
C'est dans l'aviation que la jeune femme va accomplir sa destinée.
Henri Farbos, créateur de l'Aéroclub des Landes,
donnera à Hélène Boucher cette occasion
extraordinnaire.
Un après-midi, il la prit à part :
- Mademoiselle Léno, Pour mon école de Pilotage
de mont-de Marsan, je viens de trouver un instructeur ; c'est
votre ami Liaudet. Mais il me faut aussi des élèves.
J'aimerais que, parmi eux, il y eût une jeune fille...
Et je vais faire voter par mon comité une bourse de
pilotage destinée à la première élève-femme
qui s'inscrira à mon école. Voulez-vous être
cette première élève ?
C'est ainsi que le destin d'Hélène se met en
marche. Très impatiente, une fois le brevet en poche,
elle décide de voler de ville en ville pour accomplir
les 100 heures de vol qui lui permettront de participer à
des meetings aériens. Elle va à Lyon, cannes,
marseilles, puis elle rentre au Bourget. A l'arrivée,
Léno passe 8 jours les yeux rivés sur des cartes.
Ses amis se demandent ce qu'elle mijote.
Et un matin on la vit apparaître équipée.
Un matin qui n'était pas particulièrement favorable
à un départ, car il faisait mauvais temps.
- Vous allez loin Léno ?
- Je vais faire mon tour de France !
Elle avait établie l'itinéraire d'un circuit
qui dvait successivement la faire atterrir à Lyon,
Nîmes, Toulouse, Bayonne, Bordeaux, Rochefort, tours...
C'était une entreprise hardie. Mais elle l'avait ainsi
décidé. Elle tint parole, en dépit des
circonstances atmosphériques qui demeurèrent
contraire pendant tout le voyage.
Ayant enfin totalisé ses cents heures et effectué,
impeccablement, un vol de nuit, avec atterrissage sous les
phares qui déplacent les perspectives, creusent les
ombres, faussent les distances, la voici enfin titulaire du
brevet de transport public !
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DES
DEBUTS DIFFICILES
Pour
pouvoir participer à des meeting, Hélène
a besoin d'un bon avion. Le 18 juillet 1931 elle prend
pour Londres et fait l'acquisition d'un appareil anglais
qui répond à ce besoin. Le 22 elle participe
au Rally aérien Cannes-Deauville. C'est la seule
femmes escrite. Mais son avion est capricieux. Après
les deux tiers du parcours, elle est contrainte d'atterir
dans une prairie étroite, cernée de fossés,
de haies et d'arbres, près du village de Prémery.
Un mécanicien du pays vole à son secours,
la canalisation est réparée. A peine redécollée,
c'est le moteur qui lache et Hélène doit,
en perte de vitesse, se poser imédiatement entre
les arbres, sans virer pour ne pas "décrocher"
! "Panne de moteur au départ : ne pas virer
; atterrir droit devant soi !" lui disait Liaudet.
Il y eu un fracas épouvantable... L'avion resta
accroché dans les branches de deux arbres indemmes.
Mais hélène ne souffrit d'aucune blessure..
Son avion remis en état, elle part le chercher
en Angleterre dans les premiers jours de septembre.
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L'avion
resta accroché dans les branches de deux arbres
indemmes. Illustration : Paul Lengellé
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En
1933 "Léno" cherche un nouveau challenge
et, sur les conseil de son ami Codos, un pilote émérite,
elle tente un raid en avion vers l'Indochine... Le 23 février
elle décolle du Bourget, le soir même elle est
à Pise, le lendemain à Naples, le 16 février
elle atterrit à Athènes, le 20 à Elep,
le 21 à Ramadi situé à 110 km de Bagdad...
C'est là qu'elle connait une grave avarie à
son moteur, une félure au carter. Hélène
Boucher fait transporter son avion par train à Bagdad
mais le moteur est irréparable ! Le 6 mars elle reçoit
de Paris le moteur de rechange mais ses ennnuis ne font que
commencer... Sur place, les anglais ne font rien pour aider
la petite française à réparer son avion.
Ils ne sont pas préssés, en effet de voir la
réussite d'une aviatrice étrangère. Dans
son journal de bord, Hélène Boucher parlera
de l'attitude peu coopérative des mécanos anglais
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Ils
travaillaient deux heures chaque après-midi , mettant
un boulon toutes les deux minutes. Et elle parle plus loin
de "négligeances impardonnables" dans le
remontage de son moteur neuf : Un cylindre remis de travers,
le tuyau d'echappement mal monté. Elle décide
de ne pas poursuivre ce raid si mal engagé.
Le plus dur est encore l'attitude du gouvernement français
qui ne ferai rien pour elle. L'état se borne en effet
à apporter une aide materielle aux seul avions français
et Hélène Boucher pilote un avion anglais !
L'administration s'enfermera dans ses règlements et
laissera une courageuse jeune française de 24 ans se
débrouiller toute seule !
Hélène rentre à Paris dans son avion
mal réparé et, brisée par la fatigue,
s'abandonne et pleure, à la manière des enfants,
le front sur son bras replié. Plusieurs de ses amis
la regardent, Maillet, Codos, Bardel, bouleversés par
son désespoir. Codos la réconforte :
"- Ne pleure pas Léno. tu n'as pas fait moins
que ce que n'importe lequel d'entre nous aurait fait à
ta place !... Seulement tu n'as en toi que de la gentillesse,
de la bonté et tu as fait connaissance avec la méchanceté
des hommes !... ce qui vient de t'arriver t'aura durcie"....
PREMIERS
SUCCES
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Le petit avion Mauboussin
bleu et argent.
Illustration
: Paul Lengellé
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Hélène rend son appreil au propriétaire
anglais
-"Je vous ramène votre appareil, dit-elle. Tirez-en
le meilleur prix et payez-vous de ce que je vous dois encore...
Ainsi fut fait.
Il ne lui restait plus qu'a se procurer un autre avion et
à tenter, le plus tôt possible, autre chose.
Un jour, Maillet lui dit :
"-Vous ne connaissez pas Mauboussin, le constructeur
?... C'est un type à vous prêter un appareil
pour les douzes heures d'Angers qui se courent dans deux semaines.
-Je ne connais pas Monsieur Mauboussin et je n'oserai jamais
lui demander qu'il me prête un de ses avions.
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-
Moi, je le connais, et le lui demanderai pour vous
!"
Mauboussin reçut la proposition assez tièdement
dans un premier temps mais l'idée lui vint
que la présence d'une jeune fille dans cette
épreuve d'endurance et de distance ne manquerait
pas d'attirer l'attention sur l'appareil qu'elle piloterait,
et il demanda à la rencontrer.
A l'issue de l'entretien, le constructeur était
conquis par l'extraordinaire personalité d'Hélène
Boucher et il accepta de lui confier un de ses appareils,
un joli petit avion tout neuf, équipé
d'un moteur de 60 CV, qu'il fit peindre aux couleurs
qu'elle désigna : bleu et argent.
La course eut lieu le 2 juillet 1933.
Les douzes heures d'Angers consistaient à voler
pendant douzes heures consécutives, de 6 heures
du matin à 6 heures du soir à une vitesse
aussi soutenue que possible sur un circuit comportant
4 virages.
hélène Boucher fit, ce dimanche une
course étonnante de régularité
et de souplesse qui lui valut d'être portée
en triomphe par la foule ! Tandis que le leader de
l'équipe mauboussin totalisait 1650 km, Hélène
s'était classé immédiatement
derrière avec 1645,864 km - La performance
était magnifique compte tenu du peu d'entrainement
dont elle avait pu bénéficier sur le
petit avion, les journeaux publièrent sa photographie,
on lui prit des interviews, elle parut dans les actualités
et sur les écrans...
Un mois plus tard, le 21 août 1933, Hélène
s'attaque au record du monde d'altitude pour avion
légers. Aves ses 60 CV, elle se hissera jusqu'à
5900 mètres !
Le record précédent, détenu par
l'américaine May hailip, était battu.
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HELENE
BOUCHER, l'ACROBATE
Sous
la férule de Michel détroyat,
Hélène se lance à corps
perdu dans l'acrobatie aérienne. Détroyat,
l'as des as devient son maître. Le 8 octobre
1933, Au terme de 4 semaines d'entraînement
intensif, Léno est jugée capable
de se mesurer à la célèbre
championne allemande Vera von bissing.
La rencontre eut lieu à Villacoublay,
devant 100 000 spectateurs venus voir s'affronter,
dans un match de haute école aérienne
le célèbre pilote allemand Fieseler
et le non moins célèbre Détroyat.
Mais le programme comportait aussi les vols
acrobatiques de la championne allemande et Hélène
Boucher...
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"La
démonstration de ces deux femmes fut
merveilleuse", a écrit un témoin.
Illustration
: Paul Lengellé
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"La
démonstration de ces deux femmes fut
merveilleuse", a écrit un témoin.
Aucun classement ne devait les départager.
la foule en délire hurlait sa joie dans
un brouhaha aigu duquel s'échappaient
sans relache ces deux mots : "Hélène
Boucher, Hélène Boucher ! ".
Elle avait volé très bas, éxécuté
à portée des yeux de tous, trois
tours de vrille à gauche, puis à
droite, deux loopings, un immelmann, deux tonneaux
rapides, un autre tonneau plus lent, enfin un
long vol sur le dos.
A sa descente, elle dut faire, sous les "vivas"
de la foule, deux tours de terrains sur le siège
arrière d'une voiture. et détroyat
déclara :
"Dans quelques mois, elle sera la meilleure
acrobate du monde !" |
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RECORD
WOMAN DU MONDE DE VITESSE !
Hélène
Boucher est désormais reconnue par tous
comme un grand pilote. Les engagements lui viennent
maintenent nombreux. Elle vole de meeting en
meeting... Partout on l'acclame. C'est à
ce moment que le constructreur d'avions de course
Caudron-Renault lui offre un contrat. Elle va
être sera pilote de vitesse à bord
de ces nouveaux avions "Rafale", ces
"Squales de l'air" que tire un moteur
de 150 CV.
Une année vient de s'éccouler
depuis la 2ème place d'Hélène
lors des 12 heures d'Angers. La nouvelle édition
aura lieu le 8 juillet 1934.
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Hélène
Boucher, à pleine vitesse au décollage,
s'entraine à Etampes, en 1934...
Illustration : Benjamin Freudenthal
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La jeune championne y pilotera un "Rafale"
- Elle est heureuse.
Volant à 50 mètres du sol, 12
heures durant, et ne se posant que 3 minutes
toutes les 4 heures pour faire le plein, Hélène
Boucher se pose sans nervosité ni hâte
au signal de la fin de la course à 6
heures du soir. Elle apprend qu'elle s'est classée
2ème à la moyenne de 235 km/h
devant Maurice Arnoux, pourtant vainqueur de
la célèbre "coupe deutsch"
! De plus, elle avait, sans s'en rendre compte
battu le record du monde des 1000 km pour avions
légers.
Après cet exploit, on eût trouvé
naturel qu'elle se donna la joie de le savourer
et de prendre un peu de repos. Mais la jeune
femme était pressée d'employer
intensément le délai que le destin
lui avait imparti. Aujourd'hui, c'est elle qui
propose les nouveaux défis à Riffart,
chef des avions de course Caudron :
"- Confiez-moi un monoplace de grande vitesse...
Il y a un certain nombre de records du monde
que je veux essayer de battre !".
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Un
Caudron CL 450 lui est confié.
Conçu pour voler plus vite, doté
d'un moteur tout neuf, mis au point avec
des soins exceptionnels. Et, dans le plus
grand secret, appareils, pilotes, mécaniciens,
ingénieurs se rendent en Provence,
à Istres, où les conditions
à ce genre de tentative sont les
meilleures.
Hélène bat une première
fois le record du monde des 1000 km le
8 août à la moyenne de 409
km/h. L'ancien record appartenait à
l'américaine Amelia Earhart avec
282 km/h, chez les hommes c'était
rené Arnoux le détenteur
avec 393 km/h.
"- On peut faire mieux ! affirme
néanmoins Hélène
Boucher. Et dès le surlendemain,
elle recommence avec la secrète
ambition d'enlever à l'américaine
May Hailip le record de vitesse pure détenu
avec 405 km/h.
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...des
bandes de toile blanche
qui permet à l'aviatrice de voler
selon une ligne droite parfaite.
Illustration : Paul Lengellé
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Pour
parfaire la prestation de "Léno",
on travaille toute la nuit pour disposer
sur le sol, de place en place, tout au
long des 3 kilomètres des bandes
de toile blanche qui permet à l'aviatrice
de voler selon une ligne droite parfaite.
Hélène Boucher pulvérise
l'ancien record et le porte à 444
km/h.
Un jour, un ami lui dit :
"- Léno, vous voilà
au sommet de la gloire. Qu'allez-vous
faire maintenant ?" - Mais le ton
n'était pas tout à fait
celui d'une interrogation.
" - Que voulez-vous dire ?
- Pourquoi ne pas vous arrêter ?
- M'arrêter ?
- Oui... Vous marier, fonder un foyer,
vous consacrer à lui, à
vos enfants... Oublier l'aviation.
- Oublier l'aviation ?
- Peut être pas complètement.
Mais n'en faire désormais que pour
votre plaisir, en touriste... Croyez-moi
Léno, et comprenez-moi : continuer
ce que vous faîtes depuis quelques
temps, avec tous les risques que cela
comporte..."
Lors d'une discussion avec sa meilleure
amie alle lui confia :
"- Je sais que j'y passerai comme
les autres... Il n'y aura pas d'exception
pour Hélène Boucher.
Elle continua. Et, pour Hélène
Boucher, il n'y eut pas en effet, d'exception.
Le 30 novembre de cette même année
1934, elle s'écrasa à Orly,
au cours d'un vol d'entraînement.
Hélène Boucher avait 26
ans.
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