La traversée de la Manche
Extrait "les premiers aviateurs" de la collection "la
conquête du ciel" des editions Time-Life
En
1908 la réputation des frères wright, a franchi
l'Atlantique et c'est avec impatience que leur démonstration
est attendue en France. Sur le circuit de courses automobile des
hunaudières au Mans, a lieu une démonstration de
Wilbur Wright (1): de nombreux spectateurs sont là.
Nous sommes le samedi 8 novembre 1908 au matin. Parmi la foule,
il y avait là entre autres un certain Louis Bleriot.
"Nous vîmes le grand oiseau blanc s'élever au
dessus de la piste et franchir la ligne d'arbres." ecrivit
Peyret, un journaliste, qui assistait à l'événnement
depuis la tribune. "Nous distinguions tous les mouvements
du pilote et pouvions admirer son extraordinnaire compétence,
déceler le curieux gauchissement des ailes dans les virages
et le changement de position des gouvernails." Au bout de
1 mn 45 secondes de vol, Wilbur revint vers le sol, descendant
"avec une légèreté et une précision
étonnantes" sous les acclamations de la foule. "je
vis pâlir cet homme qu'on dit parfaitement impassible",
écrivait le journaliste. "Il avait lontemps souffert
en silence et il savait maintenant que le monde ne doutait plus
de ses exploits.
"J'aurais attendu dix fois plus longtemps pour voir ce que
j'ai vu aujourd'hui
même", déclara louis Blériot : "Monsieur
Wright nous tient tous dans le creux de la main".
Avec le temps, les français développèrent
laur propres avions avec succès, utilisant le même
système de gauchissement des ailes. Enhardis, ils envisagèrent
bientôt la possibilité d'une performance qui paraissait
suicidaire quelques années auparavant : la traversée
de la Manche en avion.
Le daily Mail de Lord Northcliffe offrit un prix de mille livres
au premier aviateur qui réussirait cette traversée.on
posa evidemment la question à Wilbur wright : serait-il
le premier homme à affronter la manche ? Il déclina
sèchement. "ce serait un risque inutile qui ne prouverait
rien de plus qu'un vol au-dessus de la terre ferme.
Louis
Bleriot & Hubert Latham
(2)
La tentative
de Latham
Le
beau temps règne rarement sur la Manche ; soit elle disparait
dans le brouillard, soit elle est noyée soues la pluie,
et le vent, cet ennemi des premiers aviateurs, y souffle en permanence.
Il vient buter sur les falaises où il crée des remous
imprevisibles et dangeureux. A son point le plus étroit,
la Manche étend ses eaux gris-vert sur un peu plus de 33
km entre les falaises de Douvres et le promontoire balayé
par les vents du cap Gris-nez près de Calais. C'est à
cet endroit que vinrent s'installer Blériot et Latham.
En juillet 1909, près de Sangatte, à quelques kilomètres
au sud-ouest de Calais, le jeune et populaire avaiteur hubert
Latham installa sous un hangar son nouveau monoplan Antoinette
IV (3) avec lequel il voulait concourir
pour le prix du Daily Mail. Et il avait encore parié 17000
francs non seulement qu'il gagnerait, mais encore avant le 1er
août, c'est à dire quelques semaines plus tard. Des
deux côtés de la Manche, tout le monde pensait qu'il
réussirait...
Il avait emmené avec lui à Sangatte Léon
Levavasseur (4), un colosse roux
et barbu, ancien artiste, qui avait conçu l'Antoinette
IV et son moteur. L'avion avait été nommé
d'après le prénom de la fille de son associé,
et il était aussi élégant et gracieux qu'elle.
Il avait 12,80 mètres d'envergure et un fuselage en bois
verni long de 11,50 mètres qui s'amincissait progressivement
jusqu'à une queue semblable à celle d'un oiseau.
Un longue attente commença en ce mois de juillet. Enfin,
le lundi matin 19 juillet, le brouillard se dissipa et Latham
estime le moment venu de tenter l'aventure. Levavasseur s'embarqua
à bord d'un contre-torpilleur français et donna
le signal de l'envol en agitant un drapeau tandis qu'une salve
annonçait que le bateau était paré pour l'escorte.
Latham emballa le moteur, ses hommes lachèrent l'avion
qu'ils aviaent retenu jusqu'alors et il décolla, cap sur
l'Angleterre.
Il n'avait parcouru qu'une douzaine de kilomètres en mer
quand le moteur lacha. L'hélice ralentit, s'arrêta
et l'appareil, après une chute d'environ 300 mètres,
amerrit sur le ventre. Hubert Latham allongea allongea les jambes
par dessus le fuselage flottant sur une mer agitée, et
alluma paisiblement une cigarette en attendant les secours.
Il arriva à Calais enveloppé dans l'imperméable
d'un officier de marine, coiffé d'un béret de matelot,
toujours impassible en dépit de ses vêtements trempés.
Il embrassa une jolie fille, annonça qu'il allait prendre
un bain de vapeur et se préparer à une nouvelle
tentative avec un autre avion. "Je n'ai pas été
heureux cette fois-ci", observa t-il avec assurance, "mais
la Manche sera vaincue demain. Je recommencerai et je réussirai."
Blériot
(5)
s'élance à son tour
Seul
un extrordinnaire coup de chance avait permis à blériot
de pouvoir prendre le départ. Il avait dépensé
toute sa fortune et la dot de sa femme dans ses expériences
et, au débute de 1909, il était à bout de
ressources. Mais le 1er juillet 1909, son épouse, en visite
chez les parents d'un riche planteur haïtien habitant Paris,
avait réussi à retenir in extremis le jeune fils
du planteur au moment où il emjambait un balcon de l'appartement.
En témoignage de gratitude, le père pretta 25000
francs à Blériot. La situation restait néanmoins
précaire et l'aviateur écrivit plus tard : "il me
faut continuer parce que, comme le joueur, il faut que je me rattrappe.
Je dois voler."
Son dernier avion, le bleriot XI, ne paraissait guère compétitif
en face de l'Antoinette. Petit et disgracieux, il ne possédait,
avec ses 14 mètres carrés, que le quart de la surface
alaire de l'appareil de latham. Les chances de Bleriot reésidaient
en fait dans son minuscule moteur conçu par un italien
fruste et mal embouché nommé Alessandro Anzani.
Le moteur de 25 chevaux était pourtant très primitif.
les cylindres de fonte rugueuse n'était même pas
sablés, des trous percés çà leur base
permettait l'évacuation des gaz d'échappement. L'huile
chaude s'échappait par des orifices à bout de course
et enduisait le pilote d'un couche visqueuse de sorte qu'il fallait
à l'aviateur une sorte d'héroïsme pour persévérer
dans la conduite de ce misérable mécanisme !
Mais les moteurs Anzani possédait une qualité qui
compensait le reste : ils ne lachaient pas. Blériot avait
effectué avec le sien des vols de 5 minutes, puis d'un
quart d'heure et enfin d'une demi heure avant de juger qu'ils
était suffisamment fiable pour risquer la traversée
de la Manche.
Blériot maîtrisait parfaitement son appareil mais il n'était
pas très sûr de trouver un endroit où attérir
dur cette côte anglaise qu'il ne connaissait pas. La plage
de Douvres était trop étroite et la célèbre
falaise de Shakespeare, avec ses 90 mètres, trop haute
d'au moins 30 mètres pour son avion. Harles Fontaine, journaliste
français, chargé de rapporter l'arrivée de
Louis Blériot, offrit d'examiner le terrain et il
finit par découvrir à côté du chateau
de Douvres, dans une cuvette herbeuse, une trouée dans
le falaise située à moins de 30 mètres au
dessu de l'eau. Il acheta quelques cartes postales, y marqua l'endroit
d'une croix et les envoya à Blériot avec une note
indiquant qu'il l'attendrait à cet endroit en agitant un
grand drapeau français.
Le samedi 24 juillet, le temps restait maussade ; le vent balayait
les côtes françaises et faisait moutonner le mer.
Le vent cependant se mit à faiblir et à deux heures
du matin, était clair, le temps calme. Latham, revenu à
sangatte, laissa un mot à Levavasseur : "Minuit :
le vent paraît se calmer. Si cela continue, me réveiller
à 3h30."
Le
départ
Hors
ce fut le campement de Blériot qui se leva le premier.
On alla chercher le patron en voiture à son hôtel.
Aux baraques, Anzani, tout excité courait en chemise de
nuit en tirant des coup de revolver à blanc.
Bleriot se leva de fort méchante humeur : "J'avoue,
reconnut-il plus tard, "que je n'étais nullement disposé
à partir... Et j'aurais été heureux d'entendre
dire que le vent soufflait si fort qu'aucune tentative n'était
possible." Il n'avait pas faim mais ses amis l'obligèrent
à manger un morceau. Il conduisit sa femme à bord
du contre-torpilleur "Escopette" et, en arrivant aux
baraques, il avait retrouvé son énergie habituelle
et donna des ordres d'une voix tonitruante pour que l'on sorte
l'avion du hangard. "J'avais cette fois du courage pour deux",
dira-t-il.
En dépit de l'heure matinale, les curieux se pressaient
dans la cour de la ferme et toute cette agitation irrita Blériot.
Pendant qu'on faisait chauffer le moteur, un chien se précipita
sur l'hélice qui le déchiqueta et certains villageois
y virent un mauvais présage. Le règlement de l'épreuve
interdisait le décollage avant le lever du soleil.
en attendant l'heure du départ, Blériot décolla
pour un cour vol d'essai ; l'Anzani pétaradait dans un
fracas infernal mais régulièrement, la nouvelle
hélice en bois avait un rendement magnifique et le pilote
se posa bientôt sans difficulté.
sur la plage des baraques, un pavillon signala le lever du soleil
: Blériot pouvait donc décoller. Il était
4h41 exactement, et l'on était le dimanche 25 juillet 1909.
"Une toute petite émotion s'empare de moi au moment
où je prends place dans l'appareil", raconta Blériot.
"Je me dis : que vas t-il m'arriver ? Irai-je jusqu'à
douvres ? réflexion rapides, fugitives quine durent heureusement
pas. "Je ne pense plus maintenant qu'à mon appareil,
au moteur, à l'hélice. Tout est en mouvement, tout
vibre. Au signal, les ouvriers lachent l'appareil. Me voilà
soulevé !"
La traversée
Le
pilote mit plein gaz pour passer au-dessus des fils du télégraphes
au bout du champs, franchit les dunes et dépassa l'Escopette
dont la fumée obscurcissait le ciel au point qu'il craignit
un instant d'être parti trop tôt. Mais le soleil était
bien levé et Blériot se concentra sur le pilotage
: "Je vais tranquillement, sans aucune émotion,
sans aucune impression réelle", racontera t'il par
la suite. Il me semble être un ballon". L'absence de
tout vent me permet de ne faire agir aucune commande de gouvernail
et de gauchissement. Si je pouvais bloquer ces commandes, je pourrais
mettre les deux mains dans les poches... Et le moteur, quelle
merveille ! ah ! mon brave Anzani, il ne bronche pas !" (...)
"Ne voulant pas retarder ma marche, j'avais fait mon deuil
de "l'Escopette" et je n'avais plus de guide. Tant pis,
advienne que pourra ! Pendant une dizaine de minutes, je suis
resté seul, isolé, perdu au milieu de la mer immense,
ne voyant aucun point à l'horizon, ne percevant aucun bateau.
Ce calme troublé seulement par le ronflement du moteur,
fut un charme dangereux...
ces dix minutes parurent longues et vraiment je fus heureux d'apercevoir
vers l'ouest une ligne grise qui se détachait de la mer
et qui grossissait à vue d'oeil. Nul doute, c'était
la côte anglaise. J'étais presque sauvé. Je
me dirige aussitôt vers cette montagne blanche. Mais le
vent et la brume me prennent. Je dois lutter avec mes mains, avec
mes yeux... Je ne vois pas Douvres. Ah ! diable ! où suis-je
donc ?
en fait Blériot, déporté au nord, avait manqué
Douvres. Mais la chance lui sourit à nouveau sous la forme
de trois bateaux. "Des remorqueurs ? Des paquebots ?"
raconte-t-il. "Peu importe ! Ils paraissent se diriger vers
un port : Douvres sans doute et les suis tranquillement. Des marins
m'envoient des hourras enthousistes. J'ai presque envie de leur
demander la route de douvres. Hélas, je ne parle pas anglais
!
Blériot longe alors les hautes falaises vers le sud : "Le
vent contre lequel je lutte maintenant reprend de plus belle.
Soudain, au bord d'une infractuosité qui se dessine sur
la côte, j'aperçois un homme qui agite désespérément
un drapeau tricolore et qui s'égosille, seul dans la grande
plaine à crier : Bravo ! Bravo ! Je ne me dirige pas, je
me précipite plutôt vers la terre. Au risque de tout
casser, je coupe l'allumage à 20 mètres de hauteur.
Et maintenant, au petit bonheur ! Le chassis se reçoit
plutôt mal : l'hélice est endommagée, mais,
ma foi, tant pis : j'avais traversé la Manche."
Charles Fontaine (6) se précipita
vers le pilote, l'embrassa sur les deux joues et l'enveloppa dans
les plis du drapeau français. Il était 5h13 ; le
vol de 38 kilomètres avait prit juste 32 minutes.
"c'est fait", dit seulement Blériot. "Et
Latham?"
"Latham est encore à Sangatte."
C'était vrai. Latham, le favori, avait échoué
pour la deuxième fois. pour une raison incompréhensible,
on l'avait laissé dormir alors que Blériot prenait
l'air. Finalement c'est le ronlement du moteur de son rival qui
l'avait réveillé !
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