"JUAN MANUEL FANGIO, GENTLEMAN DRIVER"

Extrait du livre de Karl Ludvigsen's "Juan Manuel Fangio, Motor racing's grand master"
& "The race to Glory" de Yvan Rendall (editions M & P Weert)

Illustration de Benjamin Freudenthal & Michael Turner

English version

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"Tu roules comme un Fangio !!!" Une petite phrase qui est resté dans la langue française. Lorsque l'on vous dis ça, c'est que vous conduisez comme un fou. lorsque l'on sait qui était Juan Manuel fangio, on peut trouver cette phrase assez injuste : Un homme intrépide, le roi du dérapage contrôlé et du contre-braquage, c'est vrai... Mais aussi un homme intelligent et prudent .
En fait, si l'on voulais être juste, il faudrait dire :"Tu roules comme un Farina !" Le pilote italien, coéquipier de fangio chez Alfa Romeo était vraiment un coureur bouillant. Fangio disait de lui : "Farina est quelqu'un que je respecte mais je ne l'admire pas. Nino Farina roule vraiment comme un fou, il croit en la protection de la Madone, mais il doit savoir que la Madone ne sera pas toujours à sa disposition !". En 7 années de carrière
Fangio n'eut qu'un seul accident sérieux.

52 Grands Prix disputés, 24 victoires. 5 titres de champion du monde. Lorsque le "Maestro" était au départ d'une course, il y avait une chance sur deux pour qu'il gagne ! C'est absolument stupéfiant. Voici quelque morceaux et témoignages de la vie de Fangio, pour apporter un éclairage sur le plus grand des "gentleman drivers".


Un coureur intelligent et prudent :
Grand Prix de Monaco 1950

A Monte carlo, en 1950 Fangio et farina démarrent en trombe de leurs positions en première ligne et c'est l'Argentin qui prend l'avantage dans le premier tour. Dans le deuxième tour Fangio jaillit hors du tunnel an plein soleil, suivant le quai à la hauteur du bureau de tabac. Il ne voit rien de ce qui se passe au début de la ligne droite des quais. Quelque chose cloche... En levant les yeux vers la foule agglutinée an haut du quai Fangio remarque quelque chose de bizarre : les gens ne le regarde pas arriver ! Ils ont le regard porté sur autre chose... Ses pensées vont vers un album de photos qu'il parcourait la veille à l'Automobile-Club de Monaco. il se souvient soudain des images de la course de 1936 avec le dérapage et le crash de quelques bolides à l'endroit même vers lequel il fonce à 160 km/h !

Fangio freine brusquement pour s'arrêter avant le virage à gauche. Il se trouve soudain au milieu d'un enchevêtrement de 9 voitures crashées depuis 30 secondes. Lors du premier tour, en effet, Nino Farina a dérapé sur une flaque qu'il ne voyait pas dans la clarté du soleil. Le carambolage des 8 poursuivants est inévitable... Heureusement, tous s'en sortent indemnes ou presque. Il est impossible de passer mais Fangio ne se démonte pas. Il déplace lui même l'une des épaves pour se frayer un chemin. La route vers la victoire s'ouvre alors devant lui.

La plus belle course du maestro :Nurburgring 1957

Juan manuel Fangio a conquis sa 5ème et Dernière couronne lors du Grand Prix du Nurburging 1957 dans une course qui reste légendaire. Cette victoire, Fangio la doit à ses immense qualités techniques et son sang froid car la stratégie choisie n'avait pas été la bonne. Il conduisait une maserati 250 F et ses concurrent les plus sérieux étaient les jeunes Peter Collins et Mike Hawthorn, tous deux sur Ferrari.

Le champion argentin savait qu'il devait impérativement faire un arrêt pour changer de pneus alors que les ferraris pouvaient quand à elles rouler "non-stop". Il ne prit donc qu'un minimum de carburant pour faire la moitié de la course, de manière à alléger sa voiture au maximum. Mais il lui fallait creuser un écart significatif !

Lorsqu'il s'arrêta au 12 ème tour pour changer ses pneus, Fangio avait 30 secondes d'avance mais son arrêt avait presque duré 52 secondes. A priori, s'en était fini des chances du coureur argentin. Mais c'était sans compter son extraordinaire ténacité ! Les deux pilotes anglais jouent la sécurité, pensant avoir course gagnée. Quelle ne fut pas leur surprise, lorsque survint le 20 ème tour de voir fondre sur eux ce diable de Fangio. Le maestro passa d'abord peter Collins puis Hawthorn et gagna la course avec 3,6 secondes d'avance.

A la fin de cette course épuisante, Fangio déclara qu'il avait fait des choses qu'il n'avait jamais osé auparavant et qu'il espérait ne plus avoir à gagner une course en prenant autant de risques !

Le témoignage de Karl Kling, un équipier de Fangio

Évoquer Juan manuel Fangio, c'est parler à mes yeux de celui qui était le plus grand pilote mais aussi le plus sympathique et loyal. Un équipier merveilleux et un sportif d'une grande rigueur. J'en ai fait l'expérience. Rares était ceux qui pouvaient se prévaloir d'une telle ouverture d'esprit et d'une telle sportivité. Même à cette époque.
En Argentine, Juan
Perón était lui-même un mordu de sport automobile. Il apportait un grand soutien à Fangio. Après l'avoir remarqué à ses débuts (Fangio avait sa propre Chevrolet de "Grand Prix", ce qui lui conférait une certaine grandeur). Perón avait très reconnu le talent de ce pilote et le soutenait ardemment.
J'ai eu souvent l'occasion de rencontrer Fangio sur les circuits. Une fois par exemple, j'étais plus rapide que lui au Nurburgring. Il s'écarta, me laissant le champs libre. cela se reproduisit à Monza. Là aussi Fangio répéta ce geste sportif. Je ne pas en dire autant de beaucoup d'autres qui défendaient leur place coûte que coûte.
Il arrivait donc ainsi que l'on se mesure l'un à l'autre dans de vrais duels. J'avais sans doute un moteur mercedes un peu meilleur que le sien en général et il fallait bien ça, car du point de vue du pilotage, il était meilleur que moi. C'est aussi simple que ça.

Pour toutes ces raisons, je ne peux facilement entendre de critiques à son égard. Je ne peux qu'être loyal et honnête envers quelqu'un comme lui.

J'ai eu beaucoup de chance. Souvent, avec Mercedes, j'avais un moteur un peu meilleur que les autres : à l'époque il y avait plus de différence entre les performances des mécaniques. Fangio, lui, ne se préoccupait pas de ce genre de choses. Il s'asseyait dans la voiture et était toujours satisfait de sa machine. Jamais il n'aurait dit quelque chose du genre : "J'aurais préféré d'autres amortisseurs pour cette course, ou un autre étagement de vitesse". Juan Manuel s'asseyait dans la voiture et la pilotait. Et pourtant, une fois sur deux, il était plus rapide que tous les autres ! Il avait toujours un petit plus dans tous les domaines. Il est vrai qu'il excellait dans des domaines subtils comme les dérapages contrôlés. C'était devenu une seconde nature chez lui. Moi-même, j'en suis incapable et je déconseille ce genre de technique. Un pilotage plus "standard" et classique me donnait les meilleurs résultats. Fangio, quand à lui pouvait faire des dérapage controlés ahurrissants et avait une faculté extraordinaire de piloter "à la limite".

Personnellement, comme pilote, j'ai beaucoup profité de l'expérience de le voir faire, il m'arrivait assez régulièrement de me trouver derrière lui ! alors je regardais attentivement sa technique. Je voulais apprendre de lui. C'était une expérience exceptionnelle, rarement dangereuse.

Fangio et moi, je puis l'affirmer, étions bons amis. Il n'y pas de pilotes, et j'en connais beaucoup, que j'ai plus respecté et apprécié que Juan manuel Fangio.

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Monaco 1950 : l'hotel "Beau Rivage" en arrière plan avec ses dômes bleus caractéristiques. (Peinture de B. freudenthal - Poster 70 x 50 cm
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Grand prix de monaco 1950
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..."Fangio et farina démarrent en trombe de leurs positions en première ligne et c'est l'Argentin qui prend l'avantage dans le premier tour."

Fangio, dans son Alfa sur les quais en 1950
Fangio passe en trombe sur les quais devant les épaves qui ont été précipitament mise de côté.


Hawthorn et Collins échangent des regards inquiets en voyant fondre sur eux le maestro qui bat régulièrement le record du tour !

Départ de la course du nurburgring 1957
Départ de la course de 57 au Nurbürgring : Hawthorn devance Collins et Fangio.

Tout d'honneur de Fangio qui est accompagné de Hawthorn
La course est terminée. Hawthron, très "fair play", à gauche, dans sa Ferrari accompagne le maestro dans un tour d'honneur. Juan manuel Fangio vient de conquérir son 5eme et dernier titre de champion du monde.


Karl Kling and Juan Manuel Fangio