La signature de Saburo Sakaï - Caligraphie japonaise
SABURO SAKAÏ ,
le "pilote-samouraï"
Portrait de saburo Sakaï avec son sabre de cérémonie

Illustrations Benjamin Freudenthal
Sources et documentation :
"Les combats du ciel : les as de la Marine Impériale Japonaise" (Editions Del Prado-Osprey Aviation) - La magazine AVIONS n° 138 (Lela Presse : http://www.avionsbateaux.com) - "Les ailes japonaises en guerre" par M. Okumiya, J. Horikoshi, M. Caidin

English version
Bateaux


Saburo Sakaï était natif de la région de saga. Fils de Samouraï , ayant grandi au sein d'une famille pauvre, il préféra entrer dans la Marine en 1933 plutôt que subir l'humiliation de l'échec à l'école. Le jeune marin, affecté sur le cuirassé Kirishima regardait alors avec émerveillement le ballet des avions qui passaient en trombe au milieu des navires...


Saburo Sakaï jeune pilore en 1938 devant un "Claude".

... Il parvint à devenir élève pilote malgré deux échecs à l'examen d'entrée et sortit même premier de sa promotion. Le jeune pilote se montre ensuite très impatient lors de ses débuts dans la campagne de Chine, dans les années trente. Au 2 Kû, il participa à la guerre de Chine, et obtient une victoire lors de son premier combat. N'ayant respecté aucune consigne, saburo Sakaï, plutôt que d'être félicité, se voit sévèrement puni par son chef .

Il aura souvent maille à partir avec sa hiérarchie, et n'hésitera pas, en 1942 à faire une guerre personnelle contre les officiers, qui considéraient que l'on pouvait se passer de pilotes non officiers. Dans la JNAF, Les soldats étaient traités en fonction de leur rang, et contrairement aux pilotes Alliés, les aviateurs japonais n'étaient pas toujours des officiers. Un pilote américain était forcément au moins lieutenant ou major. Chez les japonais, un pilote pouvait très bien n'être " qu'un " sergent de la troupe. Pour les moins gradés, on servait toujours les mêmes repas et le tabac était interdit. Un jour, pour ces raisons, Saburo sakaï ordonna à son ailier de voler de la nourriture aux officiers et donna à ses hommes la permission de fumer, désobéissant ainsi aux ordres. Le commandant du Kokutaï (escadron) fut donc contraint d'abolir le système en place et les améliorations furent appliquées officiellement.


LES DEBUTS DE LA GUERRE DU PACIFIQUE, LE MYTHE DU " ZERO "

Après les succès des campagnes de 1938-39, les japonais pensent que rien ne peut plus leur résister et une vague de nationalisme fanatique traverse tout le pays. Effectivement, entre 1938 et 1942, rien ne résiste aux troupes impériales japonaises. En Chine et en Mandchourie, les adversaires sont laminés et les chefs militaires pensent que le Japon peut mener une guerre de plus grande échelle en Asie pour mettre dehors ceux qu'ils appellent les "impérialistes occidentaux". Durant l'été 1941, les chefs japonais savent déjà que le conflit avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne est inévitable. Le Japon veut assumer un rôle de super-puissance mais se heurte à un problème crucial : il a un grand besoin de matières premières et celles-ci se trouvent le plus souvent dans des pays colonisés par les occidentaux. Des négociations sont en cours avec le gouvernement américain mais en même temps, l'Amiral Yamamoto prépare une attaque dévastatrice. Celle-ci a lieu le 8 décembre 1941 à Pearl Harbor. Cette attaque porte un coup très dur à la Marine Américaine mais au dam de l'Amiral Yamamoto, les Porte-Avions américains sont absents ce jour là. Pourtant en ce mois de Décembre 1941, la JNAF (Japan Naval Aviation Force) se croit invincible.

En même temps que Pearl Harbor, les japonais lancent des attaques contre les Philippines, Honk Kong et les Indes néerlandaises (Indonésie). La moitié des avions américains sont détruits au sol. Après un second raid le 10 décembre 1941, l'Aviation militaire américaine est réduite en poussière aux Philippines.

Le Chasseur japonais Mitshubishi "Zero" s'impose comme le meilleur chasseur de l'époque. L'avion établit un nouveau record de distance entre Formose et et les Philippines avec un parcours de 1000 km "aller-retour". Comme cette distance était incroyable pour un avion monomoteur, les américains pensaient que ces "Zéros" décollaient de Porte-avions. Dans les Indes néerlandaises, les avions de la RAF, sont taillés en pièce : Saburo Sakaï le raconta par ailleurs dans ses mémoires : "les F2A Buffalo et les Hawk hollandais se révélèrent n'être que des pigeons d'argile. C'étaient des avions rudimentaires et inférieurs. Ils n'eurent jamais aucune chance contre nos Zéros". La campagne de java se termina la première semaine de mars 1942 avec le reddition de milliers de soldats alliers. Puis en janvier 1942, vint le tour de la Nouvelle Guinée, Rabaul, Kavieng.

Mitsubishi A6M2 T'Aï Nan Ku
Une escadrille de "Zéros", à Saïgon, en Indochine...
dessin de B. Freudenthal

Saburo sakaï est alors affecté au T'aï-Nan Ku basé à Rabaul. Pendant ce temps, les combats avec les australiens et les américains s'intensifient et l'opposition à l'expansion japonaise devient de plus en plus forte. Lors de la bataille de la mer de Corail, le 7 mai 1942, les japonais doivent abandonner leur projet d'envahir Port Moresby. Puis vint la bataille de Midway qui changea le cours de la guerre.


LE TOURNANT : LA BATAILLE DE MIDWAY

En 1942, les spécialistes américains du chiffre ont décrypté les codes de la Marine Impériale Japonaise et l'Amiral Nimitz, aux commandes d'une force inférieure en nombre à Midway, bénéficie de l'effet de surprise. Du 3 au 6 juin 1942, Les japonais vont négliger l'importance de la reconnaissance aérienne et se faire "contrer" par l'audace des stratèges américains. Il y a bien des exploits individuels comme Iyozoh Fujita qui abbat 10 assaillants mais l'Amiral Yamamoto paie cher ses négligences tactiques : la JNAF perd 10 % de ses meilleurs pilotes dans la bataille de Midway. Les américains subissent également de très lourde pertes, notamment dans la première vague d'assaut ou 23 bombardiers "Devastator" sont descendus par les chasseurs japonais, mais ce sacrifice permet de détourner l'attention des "Zéros" et une deuxième vague de bombardiers constituée de bombardiers en piqué Dauntless attaque impunément 3 Porte-avions japonais Le Suryu le Kaga et l'Akagi, sont détruits. Le Hiryû est le dernier Porte-Avion japonais. Celui-ci lance une vague de bombardiers contre le

Yorktown qui est irémediablement touché. Ce dernier sursaut ne permet pas de changer le cours de la bataille car le Hornet lance à son tour une vingtaine de bombardier contre le porte-avion japonais survivant : le Hyriû, touché à plusieurs reprises est la proie des flammes de le proue à la poupe. Il coule emportant avec lui les dernières illusions japonaises...


UN PILOTE CHEVALERESQUE

Le 7 août 1942, les américains débarquent à Guadalcanal et cette nouvelle est comme un nouveau coup de massue pour les japonais basés à Rabaul. Cette île, les japonais l'appelèrent "le cimetière des pilotes de chasse", car outre l'âpreté des combats aériens, il y avait aussi les moustiques et la Malaria ainsi qu'une foule de maladie tropicales qui décimaient la JNAF. Contrairement aux américains qui nettoyaient leur bases avec de l'Insecticide DDT, les japonais n'avait pas réussi à traiter chimiquement leurs bases aériennes contre les moustiques et cette différence joua un rôle essentiel. Ils ne disposaient même pas de la Quinine (médicament contre la Malaria). C'est dans ce contexte difficile que Saburo sakaï, le pilote le plus expérimenté de son "Buntaï" (escadrille), intercepta un Hudson le 22 juillet 1942 avec 7 de ses camarades. Le bimoteur était piloté par le plt/Off australien Warren F. Cowan et Saburo sakaï pensa pouvoir l'abattre facilement, mais Cowan, après une brève poursuite fit demi-tour et réalisa une attaque frontale à 1 contre 8, dispersant les Zéros dans tous le sens. Sakaï, après une longue course-poursuite, parvint à l'abattre finalement. Unique témoin de cette acte de bravoure, le pilote japonais envoya au ministre de la défense Australien, son témoignage en 1997 en demandant que Cowan et son équipage reçoivent une citation à titre posthume pour leur courage. Cela lui fut refusé.

BLESSÉ EN COMBAT

Le 7 août 1942, lors de sa première mission à longue distance vers Guadalcanal, Sakaï abattit le Wildcat d'un futur as, le Lt. Southerland du VF-5 qui put heureusement sauter en parachute. Rejoignant son " Buntaï ", le pilote japonais fut attaqué par surprise par un " Dauntless " bombardier monomoteur, piloté par le Lt. H. Adams du VS-71. Le pilote américain parvint à tirer une balle dans la cabine du Zéro qui ne manqua la tête du pilote de peu. Dans le combat, sakaï descendit le "Dauntless", tuant le mitrailleur de queue. Sakaï vit ensuite ce qu'il cru être des chasseurs Wildcat et se lança à l'assaut. Il s'agissait en fait de Bombardiers Douglas Avenger dont les mitrailleurs arrières étaient vigilants. L'as japonais était repéré lorsqu'il plongea sur les avions américains :
"La distance diminue régulièrement... 500, 400- 300 mètres. Je distingue alors tous les détails et m' aperçois que je suis tombé dans un piège. Juqu'ici je croyais avoir affaire à des chasseurs. Mais non ! Il s'agit d'avions torpilleurs, d'Avenger. Pas étonnant qu'ils aient resserré leurs intervalles. Ils nous avaient vus et se rapprochaient pour se protéger mutuellement. Je me maudis pour ma stupidité. Maintenant je ne suis qu'à 90 mètres, je distingue nettement les tourelle et de chacune une mitrailleuse de 12,7 mm - seize en tout ! - sont braquées sur moi !" (Extrait de "Les ailes japonaises en guerre" par M. Okumiya, J. Horikoshi, M. Caidin)
Les mitrailleurs américains ouvrent le feu an même temps. Sakaï est grièvement touché à la poitrine, à la jambe et surtout à l'œil droit à cause des éclats du cockpit.

Saburo sakaï en mission sur son "zéro"
7 août 1942 : S. Sakaï part au petit matin pour une mission longue distance sur Guadalcanal. Huile de Benjamin Freudenthal. Reproduction 100 x 50 cm disponible en cliquant ici

Sakaï met son foulard de soie sous son bonnet pour arrêter le saignement et en un vol épique de 4 heures et demi, rentre à la base alors que tout le monde le donne pour mort. Il raconte son arrivée :
"Estimant mon altitude et la rapidité de ma descente par la cime d'un bosquet de cocotiers que je distingue vaguement, je glisse vers la piste. Je pilote comme à travers un brouillard, jusqu'au moment où je sens les roues toucher le sol.
Comme j'ai coupé l'allumage, l'hélice s'arrête presque instantanément. Je perçois le ralentissement subi par l'appareil en roulant.
Saburo Sakaï blessé
"... Mes pilotes s'épouvantèrent et s'écartèrent
à ma vue...."
Le sentiment indescriptible d 'être de retour à terre emplit mon cerveau et tout mon corps. C'est un instant suprême que seul un pilote peut connaître. "Je suis rentré !" Cette pensée exaltante efface toutes les autres. je sens le sommeil m'attaquer de nouveau. sans doute en conséquence du relâchement de la tension. Mais, cette fois, je n'ai plus à lutter, je m'abandonne à un monde noyé dans un brouillard rouge. je ne me souviens pour ainsi dire plus des événements extérieurs.
Pourtant, avant de perdre conscience j'entends des voix crier mon nom tandis que des mains me saisissent. Elles hurlent: "Sakai ! Sakai, Il ne peut pas mourir !"
Des hommes montent sur les ailes du Zéro. Ce sont : le capitaine de frégate Kozono, le chef d'état-major, le capitaine de corvette Nakajima, un chef de groupe et le lieutenant de vaisseau Sasai, commandant de mon escadrille. Ils détachent mon parachute et ma ceinture de sûreté, me soulèvent et me descendent doucement au sol.
Mon visage, m'a-t-on dit plus tard, était si couvert de sang coagulé et enflé si effroyablement gonflé, que je leur parus arriver d'un autre monde. Même mes pilotes s'épouvantèrent et s'écartèrent à ma vue."

Le bonnet de cuir de Saburo Sakaï
Le bonnet de cuir de saburo sakaï. La balle de 7,7 mm traversa le verre, frola son oeil qui fut blessé par les éclats de verre...
Le volcan Hanabuki à Rabaul
Un zéro à rabaul avec en arrière plan le volcan Hanabuki. Son activité permanente offrait au pilotes un repère depuis le ciel
Sunishi Sasaï
Sunishi Sasaï, le commandant de l'escadrille de saburo Sakaï. Il était un chef d'escadrille aimé et respecté de ses hommes.
Zero A6M3, Rabaul 1943
A Rabaul, des Zeros A6M3 débarqués du Porte-avion "Zuikaku", en départ de mission.

LA FIN DE L'AMIRAL YAMAMOTO et des illusions japonaises

Comme beaucoup d'as japonais blessés, Saburo sakaï est nommé instructeur après sa convalescence. Au fil du temps il doit enseigner un programme de plus en plus réduit à des classes de plus en plus nombreuses avec des élèves de plus en plus jeunes. Le 18 avril 1943, les américains interceptent un message codé japonais et lancent une escadrille de P-38 dans une mission spéciale. L'Amiral Yamamoto est tué dans le Mitshubishi "Betty" qui le transporte. Les Zéros qui l'escortent sont surpris avant de pouvoir riposter. Kenji Yanagiya, abbat l'un des assaillants. C'est vraiment le début de la fin pour les japonais. Pilonné inlassablement par les américains, Rabaul est progressivement abandonné par ses occupants. Dans leur reconquête du Pacifique, les américains se contenteront de contourner l'île sans même y mettre les pieds.

En 1944, la guerre de toute façon est perdue pour le japon. Tetzuzo Iwamoto, l'as qui obtint le plus de victoires à Rabaul, déclara en des termes sans équivoques "Avant le début de l'année 1943, nous avions encore de l'espoir et nous combattions avec férocité. Mais après, ce fut pour sauver l'honneur. Nous ne voulions pas être des lâches… Nous croyions que nous n'étions pas indispensables, que nous allions tous mourir. Il n'y avait pas d'espoir de survivre, personne ne se préoccupait alors de cela".

Lockheed Lightning P-38
Le Lightning P-38, avion qui abattit le plus grand nombre de Zéros dans le Pacifique... C'est ce type d'avion qui intercepta l'avion de l'amiral Yamamoto...
Amiral Yamamoto
L'Amiral Yamamoto salue ce Zéro qui s'envole pour la baie de Milne y le 14 avril 1943. Il sera tué quelques jours plus tard.
Kenji Yanagiya
Kenji Yanagiya, le seul pilote de l'escorte à avoir abattu un des P-38 sans pouvoir sauver l'amiral

Sans espoir de changer le cours de la guerre, le Yokosuka Kû dut recourir sur ordre aux attaques suicides Kamikazes. Saburo Sakaï fait partie de cette escadrille. Le 5 juin 1944, il part avec ses deux ailiers pour une mission sans retour, 9 zeros escortant huit bombardiers torpilleurs pour le sacrifice… En vain. Avant même d'atteindre leur objectif, la formation est attaqué par des Grumman Hellcat. Tous les bombardiers torpilleurs sont rapidement descendus bien que Sakaï abatte l'un des chasseurs américains. Il rentre à la base avec ses deux coéquipiers, exsangues et à cours de carburant.

24 heures plus tard, Sakaï et le reste des pilotes de Zéro décollèrent pour le Japon où il redevient instructeur. Le dernier combat de cet as japonais eut lieu le 17 août 1945 (3 jours après l'annonce de la reddition), jour où il décolla avec le reste de son unité pour intercepter un B-32 Dominator au dessus de Tokyo.

Pour Saburo Sakaï, l'essentiel ne résidait pas dans le fait qu'il avait abattu plus de 60 avions durant sa carrière de pilote, mais plutôt qu'il n'avait jamais reculé dans plus de 200 combats aériens. En 1982, Saburo Sakaï serra la main de Harold l. Jones, l'un des mitrailleurs des "Avenger" qui l'avait blessé. Résidant à tokyo, il a souvent donné des conférences pleines d'émotion et a écrit plusieurs livres. Il est décédé d'un malaise cardiaque le 22 septembre 2000 lors d'un meeting au Japon.

Benjamin Freudenthal, artiste peintre

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier Gilles Pouillaude, de Belfort qui m'a apporté une aide salutaire dans la recherche de documentation sur l'épineux sujet de l'aviation japonaise. Son oeil, à qui rien n'échappe m'a permis d'éviter des erreurs sur cette dernière peinture dédié à Saburo Sakaï. Un grand merci aussi à Stephan Ferry, l'écrivain d'Alfa Zulu qui m'a considérablement aidé dans la conception graphique de la reproduction rendant homage à ce pilote, mais aussi dans la recherche de documentation iconographique (photos, idéogrammes, caligraphie... etc). Le mythe du zéro a inspiré une nouvelle écrite par Stephan Ferry et illustrées par mes soins. Nous vous invitons à découvrir ou re-découvrir la nouvelle de Kyoshu, le jeune kamikaze.

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